Être encore un couple après la naissance

Une femme peut être aujourd’hui tout à la fois épouse, soeur, fille, amante et amie. Elle ne se cantonne plus au seul rôle de mère. Pour autant, devenir mère, surtout pour la première fois, est un événement qui peut bouleverser la façon d’être au monde comme dans son couple. C’est surtout dans l’après-naissance qu’il faut s’attacher à donner une nouvelle définition de l’intimité du couple.

Les premiers problèmes sont d’ordre physique plus que psychologique. Peu de femmes restent plus de cinq jours en clinique. Elles sont parfois attendues chez elles par un partenaire rongé par le désir sexuel. Les premiers rapports sont parfois douloureux, surtout après une épisiotomie, incision que l’on pratique souvent afin d’éviter que la tête du bébé ne provoque de déchirures vaginales trop importantes. Le baby- blues, cette légère dépression présente à la phase du post-partum, est un autre facteur d’inhibition. Il arrive enfin que des femmes soient terrorisées par l’idée d’une nouvelle conception, déçues par le sexe de leur enfant ou simplement fatiguées de se retrouver à affronter l’apprentissage du métier de mère.

Le problème de l’allaitement, souvent négligé lors de la reprise de la vie sexuelle, ne simplifie en rien le problème. Celles qui refusent d’allaiter sont souvent guidées par la peur d’abîmer leurs seins. Elles doivent cette inquiétude esthétique autant à leur coquetterie personnelle qu’aux exigences de leur partenaire. Lorsque la femme décide de nourrir son enfant, cela peut ajouter un problème au couple. Les seins sont une zone érogène importante et l’homme, comme la femme, peut être choqué de voir la prévalence de la fonction d’allaitement. L’une de mes patientes était gênée par l’idée de voir couler du lait de ses seins au cours d’un rapport sexuel. 10 % des femmes qui allaitent, selon les sexologues Masters et Johnson , ressentent au moment de la tétée des sensations ambiguës, ressemblant étrangement à des stimulations érotiques. On en arrive parfois à de véritables crises d’identité : ma patiente Cécile voulait allaiter son enfant et faire aussi l’amour avec son mari. Mais elle ne supportait pas qu’il lui touche les seins et ne m’a demandé conseil que lorsque les protestations de son mari furent à leur comble. « Comment pouvait-elle utiliser le même sein à sept heures pour son fils et à neuf heures pour son mari ? » Elle posait ainsi, et sans préambule, le problème de la dualité des rôles de cet organe. Alors je lui parlai du pénis de son mari. Après tout il lui prêtait aussi deux fonctions, l’une sexuelle, l’autre urinaire, sans faire autant d’histoires. Après quelques secondes de profonde méditation, Cécile trouva une solution toute personnelle à son problème : son fils aurait son sein droit, son mari le gauche.