L’amour pendant la grossesse

Peut-on avoir des rapports sexuels au cours d’une grossesse ? Selon les médecins, oui, mais le comportement des couples n’est pas du tout le même. Du moins selon le récit de deux jeunes mères rencontrées à la maternité de l’hôpital de Genève. Huguette, heureuse mère d’une petite Marie, l’a conçue quelques semaines après avoir subi un avortement thérapeutique. La peur d’un nouvel échec a fait disparaître son envie de faire l’amour pendant les trois premiers mois de sa grossesse. Mais dès le quatrième mois, confortée par l’optimisme de son gynécologue, elle s’est faite aguicheuse, avec un succès qui l’a gratifiée au point d’intimider son mari. Elle n’avait jamais connu d’heures d’amour aussi intenses, couronnées par des orgasmes en feu d’artifice. Ce n’est pas très étonnant. Au cours du second trimestre de la grossesse, la circulation sanguine augmente et la cavité vaginale rétrécit tout en devenant plus sensible. Rien de comparable n’eut lieu à la fin de sa grossesse, ce qui n’est pas très surprenant. Huguette était troublée par les coups de pieds de l’enfant, et elle aurait vécu les caresses de son mari comme un véritable manque de respect pour cette petite fille déjà tellement vive. Elle craignait que ses assauts sexuels ne la perturbent…

Rencontre alternative

Flore vient de mettre au monde un gros garçon de quatre kilos prénommé Marc. Obsédée par la peur que son mari la quitte, elle s’est servie du sexe pendant sa grossesse pour ne pas se sentir négligée, jusqu’à ce que son gynécologue, par souci de prudence, lui déconseille de continuer. Résultat : non seulement son mari n’a pas voulu arrêter, mais il s’est beaucoup énervé contre sa femme. Quant à Flore, elle désirait ardemment la naissance de son fils tout en le considérant comme un intrus : elle craignait que, lors des rapports sexuels, le pénis de son mari atteigne l’utérus et blesse le fœtus (sic !).

Une grossesse modifie souvent le rapport amoureux. Elle rend parfois les femmes plus réservées : certaines considèrent que la gestation est un fait personnel dont elles excluent peu à peu leur mari, et elles se réfugient progressivement dans un rôle de mère incompatible avec celui d’épouse. Attitude qu’elles partagent avec une grande partie des femelles mammifères qui refusent généralement le rapport sexuel pendant la gestation. En revanche, les hommes sont moins sexophobes. La moitié d’entre eux sont très heureux de leur condition de futur père et réussissent même à penser leur sexualité dans le cadre de cette perspective. 20 % d’entre eux réagissent pourtant à la transformation du corps de leur partenaire en recherchant une maîtresse avec qui donner libre cours à des besoins sexuels impérieux, souvent via des rencontres adultères d’un soir.

Il y en a même qui s’identifient complètement à leur partenaire. Comment ? En prenant du poids (entre deux et cinq kilos). Les psychologues parlent de couvade et d’identification féminine, les nutritionnistes ont une explication beaucoup plus terre à terre : cette prise de poids a pour seule origine un changement d’alimentation dû à la négligence d’une épouse enceinte et fatiguée.